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La "souffrance du soignant", de l'épanouissement à l'enfer{PRIVATE "TYPE=PICT;ALT=icone des tags"} Pour bien comprendre ce qui va suivre, voici une description très prècise du phénomène dit de "la souffrance du soignant", désigné plus généralement par le terme "burn-out". Elle est extraite du site Souffrancedusoignant.fr: "Parmi les nombreuses descriptions des symptômes du burn-out dans le monde médical, celle d’Edelwich et Brodsky a le mérite d’être simple. La voici: Le professionnel de santé passe par 4 phases successives: 1) L’enthousiasme: il est d’abord porté par un enthousiasme débordant, qui lui fait tout voir en rose et lui donne le sentiment qu’il va faire de grandes choses. Il se dépense sans compter pour les patients et s’en trouve profondément gratifié. 2) La stagnation: quelques obstacles commencent à freiner cet enthousiasme. Le soignant est déçu par certains patients et fatigué de devoir se battre face à l’administration. Il compense ce déficit de plaisir par un surinvestissement qui s’avère contreproductif: sa santé s’altère, il dort mal, crée des tensions au sein de sa famille, néglige sa vie intime. 3) La désillusion, la frustration : le soignant commence à douter du sens de son travail, de ses jugements et de ses compétences. Les patients lui apparaissent ingrats et pénibles, les collègues irrespectueux ou indifférents. Il se sent déconsidéré et devient irritable pour ses proches. Sa santé se dégrade. Il a recours à des médicaments qu’il s’auto administre et/ou se met à abuser de l’alcool, ce qui ne fait qu’accélérer le processus d’aliénation. 4) L’apathie, la démoralisation : le soignant est dans l’impasse, il n’a plus aucune considération ni pour lui-même, ni pour les patients qui l’indiffèrent ou qu’il méprise. Son travail n’est plus qu’alimentaire et il s’y soumet avec un cynisme qui se retourne contre lui: il songe à tout arrêter, voire à se suicider. La dépression est grave et l’issue passe par des soins spécialisés." Récit: "Pour illustrer tout cela, je vais vous raconter l’histoire d’une de mes collègues. Elle s’appelait Jocelyne. J’appréciais vraiment de travailler avec elle. C’était la première de mes collègues que j’avais rencontré dans le service. Sa manière d’être et sa joie de vivre à travers le métier d’aide-soignante m’a instantanément plu. Elle était de la génération en dessous de moi, mais il y avait un feeling professionnel très fort entre nous deux. Je m’étonnais de l’énergie qui émanait d’elle et je l’admirais en secret pour les relations qu’elle arrivait à nouer avec les patients. C'était inné chez elle. Dans son dos, les patients avaient tout le temps une remarque sympathique. Certains revenaient dans le service pour lui apporter des friandises ou la galette des rois. Elle faisait toujours passer ses cadeaux pour une récompense collective et savait rester modeste. Toujours. Personnellement, je savais que son sempiternel engagement et son caractère têtu, ce qui n’ést pas un défaut en soi dans le métier, y étaient pour beaucoup. Puis un jour, elle dut s'arrêter, un mois. La faute à un vilain mal de dos. Le poids des années faisant le reste. Il faut dire que le travail d’aide soignant est tellement physique. Le mois d’après, elle était donc de retour. Je n’étais pas présent ce jour-là, mais apparemment, la symbiose du groupe n’était plus la même. Critiques assassines Jocelyne vient me voir et se confie: "La cadre a dit que mon mal de dos n’était pas très grave et que j'aurais très bien pu continuer à travailler au lieu d’abandonner mes collègues qui ont souffert pendant mon absence..." Je savais la cadre stricte sur certains points mais je trouvais ce propos exagéré. Je désamorçais la situation en répondant à Jocelyne que ce n’était pas une remarque intelligente, et que dans l’équipe, on ne pouvait rien lui reprocher après tant d’années de service. C’est à ce moment là que je commençais à comprendre: un complot se montait tout doucement au sein du service. La meute des jeunes infirmières, fraichement diplômées, n’avaient pas du tout la même perception que moi. Elles marchaient derrière notre supérieure. Au lieu d'encadrer Jocelyne pour son retour, elles ne faisaient que l'enfoncer. Une infirmière, formée aux soins de nursing par Jocelyne, est ainsi venue critiquer son travail. C'était la première fois que je voyais ça. Aide-soignant, un statut presque fantôme Je ne me suis pas rendu compte tout de suite du mal qu'on lui faisait, car je m’occupais de mon secteur. Le métier d’aide-soignant, souvent perçu comme un travail d'équipe, n’est qu’utopie. D’ailleurs, il faut savoir que l’aide-soignant n’existe pas officiellement, puisqu’il n’est présent que dans une ou deux lignes dans le décret de compétence sur le métier d'infirmier. Au fil des jours, le sourire de Jocelyne se rarifiait. Elle ne restait plus avec l’équipe pendant la pose du matin. Elle continuait de travailler continuellement, comme un hamster qui fait tourner sa roue. Je lui disais que ce n’était pas un comportement sain et qu’elle risquait de tomber malade pour de bon. Mais elle ne m’écoutait pas. J’ai découvert par la suite qu’elle prenait des médicaments, quand je les ai vus tomber de sa poche un jour, lors du transfert d’un patient. Vu la boîte du médicament, j’ai tout de suite su qu’elle avait dû consulter quelqu’un pour l’aider. La fin Elle commençait à ne plus avoir les mêmes rapport avec les patients. Elle me dit un jour qu’elle n’arrivait plus à aller de l’avant, qu’elle accomplissait ses tâches parfois avec dégoût. Elle m'avoua même se sentir comme "une boîte à outils usagée que l’on pouvait jeter à la casse." Elle se consumait de l’intérieur, à petit feu. Jusqu’au jour où elle est vraiment tombée en morceaux. C’était encore le dos qui refaisait parler de lui. Cette fois-ci, il fallait qu’elle passe au bloc opératoire. Elle venait de passer de l’autre côté de la barrière. Aujourd’hui, elle ne peut plus exercer le métier d’aide-soignante. On l'a mise à la retraite d'office. Conclusion: Cette volonté de transformer les hôpitaux en prestataires de service où il faut faire des bénéfices, engendre une immonde déshumanisation des équipes soignantes. Finalement le burn-out est une douleur psychique, que le corps peut matérialiser de diverses façons (cancers, maladies mentales...). L’histoire de Jocelyne n’est qu’une parmis tant d’autres. Mais elle m’a profondément marquée. Je voulais la partager avec tous ceux qui souffrent en silence, à tous ceux qui se font broyer par le système." source : blog aide soignant - 27/07/2009 ￿ÿ￿ÿ￿ÿ￿ÿ
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